Ami lecteur, tu n'auras pas été sans remarquer que nous vivons au siècle de la périphrase, ou plutôt de l'expression périphrastique. Ainsi ai-je remis en question l'appellation de "magazine d'information" que certains prêtent à cette feuille de chou désagréablement vulgaire. Sans s'étendre sur des analyses de sens inutiles, on notera tout de même que le magazine, en tant que format de presse, est à peu près l'objet publié le plus éloigné de tout concept fondamental d'information. Mais finalement cet oxymore semble s'être imposée dans nos esprits comme un déguisement de vérité, et aujourd'hui, il est de bon ton de nommer une merde sur papier glacé qui milite pour l'abrutissement des masses un magazine d'information. Quitte à faire de la périphrase, j'eusse préféré quelque chose de plus poétique, quelque chose qui indique au potentiel acheteur (que, malheureusement, nous avons tous été) qu'il ne s'agit en rien d'un contenu sérieux et que cela ne dispense pas de lire de vrais journaux ni de penser par soi-même. Quelque chose comme : "Cent ans de désillusion", "Feuille de chagrin", "Le Diable rédacteur"... "Les Mains sales" eût été, évidemment, trop parfait.

Mais alors où je veux en venir avec mon discours peu élogieux à l'égard de cette merde infâme qu'est Marianne ? Sache tout d'abord que je n'ai rien en particulier contre Jean-François et ses amis lutins ; au contraire, mon mépris s'étend bien au-delà, à l'ensemble de la classe journalistique que je tiens responsable pour sa participation dans l'instauration du marasme intellectuel qui règne, fièrement, à tous les niveaux de la société, sur toutes les couches de l'entendement.

Dans cette optique, je voudrais rappeler à mes concitoyens que lire les transcriptions Yahoo des dépêches de l'AFP, de Reuters ou de je ne sais quelle agence de presse nazillonne, ne constitue pas un exercice de l'usage du devoir d'information. Pas plus que de regarder le journal de Jean-Pierre Pernaud ou la grand messe du 20 heures (qui porte un nom suffisamment éloquent pour que je ne m'attarde pas à vous expliquer que regarder un 20 heures pour y trouver de l'info c'est un peu comme lire Coelho pour y trouver de la philosophie). Tout ceci repose bien évidemment sur le présupposé suivant : l'information est un devoir, a fortiori dans une démocratie. Sinon autant refiler sa carte d'électeur à un singe anthropomorphe. Les chiffres de ventes de quotidiens et autres journaux suffisent quant à eux à nous accuser tous d'irresponsabilité civique à grand échelle. D'autre part je voudrais rappeler à nos journalistes que l'exercice de leur fonction ne se résume pas à trouver des jeux de mots merdiques aux dépêches que crachent le fax ou leur flux RSS. Une bande de littérateurs décérébrés, cyberconnectés à de la propagande high-tech.

La misérable qualité de nos moyens d'accès à l'information et notre addiction pathologique à la périphrase ne sont que deux expressions courantes de ce qui caractérise si bien notre mode de pensée contemporain. Indéfinissable mal-être spirituel, sur lequel je ne sais mettre aucun mot mais qui s'étend dans nos consciences comme un état de fait, comme une simple vérité historique. Nous pourrions citer les blogs comme artefact de cette immense consensus qui gâche nos vies. Bien souvent, il faut bien l'avouer toutes ces merdes ressemblent étrangement à un suicide intellectuel collectif. Croyez-vous que l'on soit en train d'assister à la révolution psychanalytique par la consécration des journaux intimes ? Ou juste à un déballage impudique des vies sordides qui hantent nos âmes désespérément en quête de sens ? Un progrès dans les moyens d'expression ou un échappatoire à toute forme de véracité ?

Nous traitons l'information comme un fait divers, nous vivons l'essentiel de notre vie par la procuration d'une boite à image, nous faisons de la politique comme nous parions aux jeux ; non contents d'être des ennemis du phénomène religieux, nous trouvons une vanité incompréhensible à exercer un obscurantisme qui n'est pas sans rappeler les pratiques de l'Inquisition espagnole. Nous débattons avec ferveur de l'insignifiance des choses et de choses insignifiantes. L'interconnexion physique et virtuelle des différentes parties du monde a opposé les esprits au lieu de rapprocher les consciences. Nous avons consacré l'individu devant le bien commun et nous voilà résignés à avancer dans l'égoisme, l'arrivisme, le carriérisme les plus primaires. Nous considérons nos héros et nos grandeurs avec dédain et jalousie ; nous consacrons le trivial. Nous cherchons désespérément du symbolisme dans le mystérieux par un orgueil tout occidental. Nous avons hérité d'un monde que nous ne comprenons pas, nous sommes tournés vers un avenir qui nous fait peur, seul reliquat vivant de l'espoir, symbole du progrès qui a fini par ressembler à une fuite en avant.

Et toi, ami lecteur, tu vois un paradoxe à dénoncer tout ceci dans un blog. Toi, hypocrite lecteur, mon semblable, mon frère.

LSE