(Pour info, ça se passait là.) Lisez donc le post original, ça remettra le truc dans le contexte... Mais n'ayez pas peur, il n'y en a pas long. Ah bah oui, le bloggeur moyen est adapté à la culture du zapping de ses lecteurs. Faudrait pas que ça dépasse 3 paragraphes, on risquerait de perdre un précieux lecteur au milieu, bouh ouh. Ah bah oui, parce que la noble tâche d'édification intellectuelle de l'humanité à laquelle s'attellent, avec une abnégation certaine, les bloggeurs français, semble passer plus par la quantité de posts que leur qualité. Et à PGJ, nous, on privilégie la qualité donc du coup, ça fait des posts longs. Forcément, c'est ennuyeux pour toi, ami lecteur. Ca te fait moins de temps pour regarder la Star-Academy et acheter des gadgets dont tu n'as pas besoin sur eBay... Remarque, je te retiens pas. Et si t'es pas content, c'est le même tarif. Ou sinon, mieux, tu fais un petit couper-coller, tu te mets ça dans ton traitement de texte favori, tu l'imprimes, et ça te fera de la lecture dans le métro demain matin. Pas con, hein ?

Début de citation

Je vous préviens les enfants, ça va être long. Étant à la fois bloggeur et gonzo-journaliste, je me sens concerné par un tel post. Il faut bien discerner plusieurs problèmes différents : les journalistes qui bloggent (c'est un scandale dans le milieu, ils ont l'air de faire ça avec le sourire, le chaland moyen a l'impression d'une liberté de plume plus qu'illusoire, et je discutais du sujet avec une journaliste israélienne freelance qui travaille à Londres, notamment pour le Guardian, et qui était scandalisée de la manière dont les journaux "donnent" des blogs à leurs contributeurs, pour en fait les pousser à écrire gratuitement), et les bloggeurs.

Prenons le bloggeur type : bien. Constatons déjà qu'il n'y en a pas. Les blogs les plus lus, et les plus intéressants, sont, dans le désordre:

- les blogs de cuisine (on couvre l'événement de l'intérieur, mais c'est l'excitation intellectuelle qui est limitée);

- les blogs politiques (souvent trop engagés, des gens qui revomissent les idées de leur candidat, en collant des dépêches de presse, avec un petit commentaire personnel qui montre qu'untel ou unetelle est vraiment le sauveur de la France. Pathétique).

Sinon, comme blogs qui marchent bien, même beaucoup, il y a les "divertissement pour adultes" (de la secrétaire de direction frustrée qui écrit des nouvelles érotiques dont on ne voudrait même pas à la collection Harlequin, à la ménagère (de moins de 50 ans) échangiste qui poste les vidéos de ses derniers ébats... Cela dit, là, pour couvrir l'événement de l'intérieur, en vue subjective, on est en plein dedans.

Après, les blogs au sens de journaux intimes publiques, où là, vaguement, il y a une forme de "journalisme", au sens de relater des événements d'un niveau d'intérêt comparable à la contemplation d'une boite de clous, et "gonzo" au sens de l'immersion... oui... peut-être... une sorte de gonzo-nombrilisme, alors... mais étaler sa vacuité personnelle, franchement... en dehors du coté pathétique, ça n'intéresse très franchement personne, à l'échelle du lectorat potentiel que représente le net.

Sinon akynou Et le journaliste gonzo commet, en s'impliquant, une erreur professionnelle. Que je comprends, on ne peut pas toujours ne pas réagir. Mais c'est une faute…. Oui et non. Enfin, plutôt non. C'est dommage que tu n'aies pas fait l'effort d'aller regarder les liens, et de te documenter un peu sur le concept du journalisme gonzo et le personnage d'Hunter S. Thompson avant de sortir des crétineries de cet acabit. La subjectivité, c'est le paradigme de base du gonzo. Pourquoi? "Parce que l'objectivité est une illusion." C'est le Dr Thompson qui le dit lui-même.

C'est une vaste mascarade de penser qu'il existe une quelconque objectivité de la presse (particulièrement à l'heure ou celle-ci dépend financièrement de gens aussi sympathiques que des magnats du BTP ou des marchands d'armes.

Cela dit, je ne t'en veux pas, tu es une bloggeuse, c'est plus facile et tentant de foncer sur le formulaire de commentaire pour poster un truc où on fait semblant d'avoir quelque chose à dire, en n'oubliant bien sur pas de laisser l'adresse de son propre blog pour se faire du trafic (sinon, ça n'a aucun intérêt), que de vérifier un minimum le sujet, de comparer les sources, de se documenter. Tu sais, le travail de journaliste... oh, mais zut, tu es justement journaliste... alors, elle est où l'erreur professionnelle ?

Mes excuses pour ce ton acerbe. J'abhorre à la fois les bloggeurs et les journalistes, à plus forte raison parce que j'ai les deux casquettes... et que moi aussi, je viens "lâcher un com" où je fais semblant d'avoir quelque chose à dire pour que les gens viennent lire mon blog de journalisme gonzo (il s'agirait plutôt de masturbation mutuelle, intellectuelle, cynique et postmoderne, en fait).

Je m'égare. Comme HST le faisait souvent. (J'ai lu ses oeuvres complètes, je vous les recommande. Il est très connu pour Las Vegas Parano (très mal traduit, mais remarquablement adapté) mais 'The Great Shark Hunt', un recueil de tous ses articles entre 56 et 76, est un bouquin fabuleux pour quiconque veut pénétrer dans l'univers du personnage). Bref revenons à cette historie de subjectivité. Plutôt que de se voiler la face comme c'est à la mode chez tous les journalistes qui s'autoproclament sérieux (c'est à dire ceux qui reprennent les dépêches d'agences, changent quelques phrases, rajoutent un paragraphe d'"analyse" personnelle, et envoient ça sous presse... comment ça, j'extrapole ?), notre regretté Hunter a décidé d'être franc et d'accepter le caractère illusoire de l'objectivité journalistique, et d'en prendre le contrepied en poussant la subjectivité à fond. Si possible sous l'influence de substances rigolotes très en vogue à son époque.

Il faut aussi replacer le truc dans son contexte. Thompson explose quand il publie Las Vegas Parano et enchaine sur la couverture de la campagne présidentielle de 72. Pendant ce temps Steven et Peter, qui en avaient marre de pisser de la copie, s'emmerdent un matin et se disent, tiens, on va s'amuser un peu et faire du journalisme d'investigation sur le cambriolage du Watergate. Et ils ont inventé le "Real Journalism".

La coïncidence est loin d'être innocente. Ces deux approches journalistiques complètement opposées ont jeté un pavé dans la mare, un parpaing dans le marasme qui habitait le journalisme américain à cette époque.

Et ça, c'est difficile à comprendre 25 ans plus tard, de l'autre côté de l'Atlantique. Beaucoup de gens regardent Las Vegas Parano et pensent que ça se résume à deux pékins qui se font une semaine à Las Vegas avec dans le sang de quoi gagner six tours de France. Evidemment. En France, en fait dans toute l'Europe (à l'exception peut-être de l'Angleterre où les gens ont moins d'effort à faire pour lire son style particulièrement intraduisible) on ne se rend pas compte de l'ampleur du personnage et de la manière dont il a marqué non seulement son époque, mais toute la culture américaine dans les trois décennies qui ont suivi.

Le Real Journalism, par contre, s'est bien exporté. Un exemple contemporain et français serait, peut-être, le Canard Enchaîné. Le gonzo, pas du tout. Parce que forcément, ce mélange de journalisme et d'autofiction, c'est pas à la portée du premier gratte-papier venu. Passer quelques coups de fils et soulever un scoop c'est déjà plus facile, et, stylistiquement, le niveau n'est pas du tout le même. Thompson a placé la barre TRES haut, et c'est pour ça qu'il n'a pas vraiment eu de succession… Du moins rien de majeur.

Alors du coup, on en arrive là, en 2007, à assimiler le blog à du gonzo sur la base de ce qu'on a vaguement lu, en diagonale, sur une page Wikipedia. Permettez-moi de dire que c'est du n'importe quoi. C'est un amalgame comparable à prétendre que la fête de l'Huma rappelle l'oeuvre de Zola.

Le seul point commun, à la limite, c'est que la caractéristique principale du gonzo journalisme, tout aussi principale que cette histoire d'implication, et qui passe malheureusement souvent à la trappe, c'est que l'article Gonzo se doit d'être écrit dans l'urgence au fil de la pensée, sans relecture, sans reprendre le texte et le structurer d'aucune façon que ce soit (à peu près ce que je fais dans ce commentaire). Et encore les blogs les plus agréables à lire, justement, sont ceux qui se travaillent comme un vrai texte, c'est à dire de manière non linéaire.

Et surtout, surtout dernier point, là où ça n'a vraiment rien à voir, c'est que le blog ,c'est la dictature de la célébrité à faible échelle. Il y a une volonté d'être lu, et surtout de savoir qu'on est lu, et apprécié (d'où le système de commentaires, et, sur certains portails à orientations communautaires, de bonbons, bons points ou autres kudos qu'on peut distribuer quand on apprécie particulièrement un post). Ce qui permet, d'une manière assez représentative du fonctionnement de l'industrie culturelle, de classer les contenus non pas par leur qualité intrinsèque, mais par leur popularité. Gerbant). Et ça, dans le Gonzo, pas du tout. Thompson était le premier surpris du succès qu'il a eu. Il s'en foutait royalement, parce que, en grand cynique, son mépris ne s'arrêtait pas au cirque politicard ou aux compétitions sportives qu'il était obligé de couvrir, mais aussi à ses lecteurs. Il est d'ailleurs particulièrement difficile à lire, à cause de toutes ces digressions.

Mes excuses pour avoir été aussi long, mais quand je vois des conneries pareilles, qu'on prend bien-sûr pour argent comptant, parce que le principe du blog, c'est la preuve par l'anecdote, l'illusion que le lecteur fait un travail de recoupement des sources, alors qu'en fait tous les rédacteurs prennent leurs infos au même endroit...

Ben ça m'énerve. Et du coup j'écris. Je suis désolé que ça soit pas super agréable de se prendre ça dans la gueule, mais là, je suis tombé sur un exemple flagrant de la dictature de la désinformation qui règne dans ce qu'il est convenu d'appeler la "blogosphère" (un mot bien laid...), et j'ai pas pu résister.

Je vais prendre la liberté de faire un trackback, parce que, sur notre "blog" (Le terme m'horripile. Mes collaborateurs et moi voyons plutôt ça comme une tribune d'expression), nous avons eu le malheur de faire confiance au lecteur pour suivre deux trois liens pour resituer ce qu'est le gonzo-journalisme (avec un nom de site comme http://www.puregonzojournalism.org on est bien obligé de définir un peu le concept...) et finalement, preuve qu'il ne faut pas prendre ses lecteurs pour des cons mais ne jamais oublier qu'il y a une forte chance, ne serait-ce que statistique, pour qu'ils le soient : c'était une erreur. Du coup, il n'y a pas de petites économies, surtout quand il s'agit du temps et de l'énergie nécessaires à pondre un post qui ne se limite pas à un paragraphe, une citation et deux liens (dont un vers le site de Marianne... je suis de plus en plus consterné), et bien je vais faire de ce commentaire un vrai post.

Parce qu'en plus de mon étalage de vacuité personnelle, j'ai la faiblesse de croire qu'il est possible de lutter contre la déliquescence intellectuelle du net français, et je tente d'apporter ma pierre (soyons réalistes, plutôt un gravillon) à l'édification culturelle de la grosse bande de crétins qui lisent et écrivent des blogs (le terme de crétin est à prendre affectueusement, je m'inclus dedans...

Gonzo-ment votre.

Raoul Duke (et oui, c'était un peu facile comme nom de plume, mais j'essaye de vivre la hauteur de la légende.)

Fin de citation

Et encore, j'ai été gentil.