Les astronomes ont récemment pu s'adonner à un nouveau passe-temps : la chasse à l'exoplanète. Là, je vous passe les détails, mais vous imaginez très bien qu'il s'agit d'un jeu compliqué, rendu possible par des progrès techniques importants, des calculs savants et une détermination aux accents d'abnégation. Tout ce petit monde s'active donc en secret et fait si bien qu'au 1er novembre 2006, on comptait précisément 226 exoplanètes (source : Ciel et Espace). Soit un accroissement d'environ +2411%. Il n'en fallait pas plus pour que le monde scientifique décide de revoir le concept même de planète ; réaction saine à mon sens. Donc ils se réunissent, discutent le bout de gras, sortent des définitions parfaitement dogmatiques et zou voilà Pluton "déclassé" (le terme même est très suggestif des notions de valeur qui traînent dans cette histoire) au rang de planète naine. Toute revue scientifique digne de ce nom vous donnera la définition précise si toutefois ça vous intéresse.

Même si vous étiez loin de Pluton, je crois qu'il a été difficile de passer à côté de ce qu'il convient d'appeler un événement. Maintenant dites moi : combien d'entre vous ont été s'intéresser de près à cette histoire ? Si peu ?! Et pourquoi ? Parce que vous êtes hypnotisés par Harry Potter et que la vérité, la science et toutes ces sornettes vous préoccupent à peu près autant que les méthodes d'élevage des chevaux dans la civilisation aztèque. Et probablement beaucoup moins que des trucs vraiment important comme... au hasard : le dernière bourde verbale de Ségolène et l'accession au trône de Nicolas.

Nous vivons un âge dominé par la science. C'est du moins ce que prônent tous ceux qui ont un intérêt (bien souvent mercantile) à ce que vous vous tourniez un peu plus vers leur dogme à eux : spirites, gourous, président de l'UMP, et autres réactionnaires de tous bords. Car, au final, des scientifiques qui prônent l'hégémonie scientifique, il y en a peu. Vous n'avez qu'à écouter le bon Hubert qui sera la premier à vous dire que plus il en sait sur le monde, plus l'idée de Dieu lui paraît nécessaire (désolé Hub' si j'ai légèrement caricaturé). Et pourtant...

Et pourtant, nos vies sont percluses d'objets technologiques, fils naturels de la Science. Ils sont même pour beaucoup d'entre vous (désolé de ne pas m'inclure dans cette fange, j'ai beaucoup de travers, mais pas celui-là) leurs cautions scientifiques, le truc qui vous permet de croire aisément en tout un tas d'autorités scientifiques irréprochables : la publicité pour les lessives, les graphiques infaillibles qui ornent les bouteilles de shampoings, les promesses des médecines "alternatives" (qui, malgré leur âge canonique, n'ont toujours pas trouver de remède contre le cancer alors que tout le monde sait que c'est le vélo, comme l'a démontré Lance Armstrong --je donne le lien uniquement pour que vous puissiez comparer la taille de cet article avec celui d'Hubert...). Jamais génération n'aura été aussi habile au maniement des merveilles de la technologie. Après tout, nous sommes les fils de l'ère numérique. Je suis né trois mois avant le CD. Serions-nous encore une fois le lieu d'un paradoxe magistral ?

Pas du tout. On est des crétins, voilà tout (et là je m'inclus volontiers). La technologie relève beaucoup plus de la pratique ésotérique d'une sorcière du XIVème siècle que du plus petit soucis scientifique. On appuie sur un bouton et on parle avec l'autre bout du monde, on programme un minuteur et on se fait réchauffer de la bouff' de l'espace, on tourne la clef et à nous les kilomètres avalés. Certes, la science a rendu tout ceci possible, c'est bien elle qui est le démiurge de cette folie, mais vous, franchement, qu'est-ce que vous en avez à foutre ? Et ça, ça fait de nous des crétins.

On nous apprend très jeune qu'appuyer sur un bouton allume la lumière. Mais il vous faudra attendre l'âge de 14 ans pour qu'on tente de vous expliquer les phénomènes sous-jacents hautement plus intéressants et, malheureusement pour vous, nettement plus compliqués. Ce qui vous intéresse c'est de faire de la magie. Un incantation hermétique, un coup de baguette et hop j'ai envoyé un mail.

Et là, il faut engager la responsabilité des mass-médias, qui ne cessent, et ne cesseront pas de sitôt, de nous infliger une vision dogmatique de la science. On parle de cette dernière à l'occasion d'un événement, d'une découverte, d'une implication sur la vie du blaireau moyen. D'où Pluton. Ce serait dommage d'immiscer un embryon de curiosité dans son esprit, il vaut mieux lui donner ce qu'il attend, sa soupe quotidienne de niaiseries, l'insécurité, le monde qui va mal, l'attentisme des masses, les pérégrinations du petit Nicolas. À un tel niveau de dépendance, ça relève de la pandémie, voire du suicide collectif, plus que du problème de société. On cultive la connerie dans des champs qui ressemblent à des villes. Je ne leur reproche même pas ; après tout c'est leur fond de commerce la sacralisation du médiocre, du trivial, l'entretien des névroses individuelles. Je me disais juste que la vie serait un tantinet plus gratifiante si on essayait d'y trouver de vrais sujets de fascination, plutôt qu'exercer nos penchants pour le magique sur des choses dont dépend notre avenir.

La technologie relayée comme produit de la science (ce qu'elle n'est qu'en partie) par les médias de masse a érigé en vérité établie le droit qu'a le crétin moyen à croire qu'il pourra accéder à toutes les facilités du monde moderne en appuyant sur une télécommande. Même Harry Potter vaut mieux que ledit crétin, car lui il sait que le bonheur s'obtient avec de l'énergie, du temps, de l'intelligence, de la persévérance etc. Vous l'imaginez en train de se complaire dans un fauteuil de la salle commune de Gryffondor en agitant mollement sa baguette, attendant qu'il en jaillisse un truc qui résoudrait les problèmes qu'il a créés seul en ne foutant rien dans ce putain de fauteuil ? Non ? Et bien c'est à peu près ce à quoi vous ressemblez.