Resituons. À l'époque douce et insouciante où j'habitais encore dans le pays où le crétin moyen porte un béret et un t-shirt à rayures horizontales bleues et blanches plutôt que dans celui où le average cunt est vêtu de tweed et boit du thé très fort à 17h, bref, il y a quelques années, j'écoutais beaucoup France Info.

En fait, je n'écoutais que France Info, à cause de contingences pénibles, combinaison du fait d'habiter dans une ville de merde coincée, dans une cuvette, entre une rivière et une forêt, et d'un radio réveil Sony aux dimensions à rappeler les plus belles heures de la TSF, cadeau de noël de mon année de 5ème, qui, finalement, grosso modo, me laissait le choix entre France Info, et de la musique de danse de jeune "composée" à la chaîne sur l'ordinateur familial par des mangeurs d'ecsta ayant à peine dépassés la puberté. Donc, j'ai choisi the best of two evils, et ai écouté religieusement France Info pendant près de 5 ans.

Alors, première constatation (la deuxième pour la partie 2) : France Info, le week-end, c'est terrifiant. Enfin, là, les mecs sont cons, ils feraient mieux de faire un basculement régional et passer FIP ou Inter toute la journée, puisque, non content de diminuer la fréquence (et la qualité) des flashs, (je me plais à imaginer les deux journalistes et le réal dans le studio, à s'emmerder (parce que, ils mettent un flash toutes les demi-heures, mais ils n'ont pas le droit de l'enregistrer : les mecs doivent faire ça en direct, donc être présents) et à échanger ces regards de connivence désolée qu'on doit beaucoup voir entre les internes de garde le soir de noël dans les CHU) ils meublent comme ils peuvent avec du grand n'imp, comme je disais quand j'étais jeune (la semaine dernière).

Du coup, ils passent plein de chroniques d'un intérêt variable, "France Info bricolage", "France Info jardinage", "France Info cuisine", qui me fascinent, non pas par leur parfaite adéquation avec l'esprit de week-end (puisqu'à mon avis, le bricoleur ou jardinier du week-end, doit, je l'espère, passer ses week-ends à bricoler ou à jardiner plutôt qu'à écouter France Info...), mais parce qu'on ne les entend jamais en semaine, et que, si on regarde le nombre de chroniqueurs (tous différents et spécialistes, respectivement, du jardinage, de l'origami...), qu'on ajoute le fait que les mecs prennent du son (du petit fond d'oiseau gouzi-gouzi à l'interview de la demi-finaliste française du championnat international d'origami) avec du matériel que je sais (c'est ma branche d'activité professionnelle) être coûteux, et qui nécessite d'être utilisé par un technicien (distinct du chroniqueur), que le truc doit ensuite être monté par un troisième pékin, et qu'on rapporte ça (le nombre de gens et les moyens matériels mis en oeuvre) à l'impact réel que ces chroniques (souvent de très bonne facture) doivent avoir, on se dit, selon sa tendance politique soit qu'il y a une efficacité, une poésie, même, dans la mission du service public à mobiliser deux ingé son, un DAT multipiste, une sélection de micros, un chroniqueur et un monteur, si jamais ça ne peut toucher ne serait-ce qu'un auditeur, ici par hasard, qui aura une révélation sur l'époque de l'année à laquelle repiquer ses tulipes, soit que putain, tout ça avec l'argent du contribuable ma bonne dame, ils feraient mieux d'aller calmer tous ces bougnoules (Francais d'origine immigrée de troisième génération, membres d'une minorité ethnique visible) qui foutent la merde dans nos banlieues.

Je me disperse et réalise au passage que le paragraphe précédent est constitué d'une unique phrase. Comment ça, indigeste ? Reprenons, pour le peu qui suivent encore. Bien. Ça, c'est France Info le week-end. Bon. Déjà, là, ami jeune qui sacrifie ton temps règlementaire de Playstation pour me lire, tu dois voir le niveau... Un petit effort d'imagination, et essaye de concevoir le niveau de France Info, non seulement le week-end, mais le week-end de trois jours du 31 Décembre (qui, en plus, tombe souvent, comme cette année, entre noël et le jour de l'an...). Tu vois ?

Et ben, pas de pot, ils ont pendu Saddam ce matin. On pense ce qu'on veut de l'événement, moi je trouve ça bien, puisqu'ils ont choisi de faire ça autour du 29, 30, comme ça, on le décroche pas, le 31 il sera déjà un peu vert, couleur gui, et les Irakiens qui profitent pleinement à présent de leur liberté civile et de la beauté de la démocratie pourront s'embrasser sous le dictateur pendu.

Trêve d'humour noir gratuit, Saddam pendu, oui, j'avoue, moi, un défenseur des droits de l'homme, catégoriquement opposé à la peine de mort, un fervent supporter de ce grand Monsieur Hussein arrivé au pouvoir à la force du poignet, (il a fallu deux coups d'état, quand même) à la demande de l'Angleterre, puis maintenu en place par l'occident, États-Unis en tête pendant quelques années, à la pointe de l'industrie de l'armement chimique, donc, moi-même, j'ai littéralement souillé mon caleçon de plaisir à cette nouvelle.

Pas parce que j'en ai la moindre oncette de début de quelque chose à foutre du fait qu'on pende Saddam, mais parce que, et là, vraiment, j'ai eu un sentiment sadique de revanchardisme particulièrement vicelard, le genre de moment où tu te dis "bien fait pour ta gueule" quand tu vois une bourgeoise se garer à moitié sur le trottoir avec son 4x4 Porsche Cheyenne, sur une place handicapée, dans une rue de Neuilly-sur-Seine, et écraser lamentablement son escarpin Prada dans une bonne grosse merde de chien qui colle.

Parce que, ce qui m'a apporté ce plaisir indescritptible, c'est de savoir que l'exécution du "Boucher de Bagdad" va pourrir le week-end de ces branleurs de gratte-papier, pousse-mégots et pisse-copies de journaleux, de toutes les armes, télé, radio, ce qui reste de la presse écrite, peut-être même que Jean Francois Kahn va devoir soulever d'un demi-centimètre son derrière gras du lit à baldaquin king-size où il roucoulait sereinement dans les bras d'une créature interlope... Et tous ceux-là, tous ceux qui ont eu le malheur de ne pas passer leurs vacances de noël dans un endroit où on peut échapper au fax, à l'e-mail, au coup de fil, au SMS qui crient ramène toi à la rédac' de suite, Ils ont pendu Saddam, tout ceux qui comptaient dépenser l'argent laborieusement gagné à paraphraser les téléscripteurs de Reuters dans un week-end en famille, ou, peut-être, on peut rêver, on arrêterait de travailler comme un nègre (Noir d'Afrique, membre d'une minorité ethnique visible sauf que là-bas ils sont en majorité), pour, peut-être, avoir le temps de regarder sa fille cadette apprendre à lire, son fils aîné commencer à perdre des points d'audition dès l'âge de 10 ans à écouter son iPod flambant neuf, offert à noël, à, peut-être, imaginons, espérons, rêvons, peut-être poser un baiser sur les lèvres de sa femme qu'on a si peu le temps de tringler qu'elle s'offrirait au premier directeur de marketing à décapotable qui passerait par là (si ce n'est déjà fait), puis réveillonner, s'en mettre une bonne grosse, se murger complètement pour oublier une remarque cinglante du rédac' chef, refuser de laisser conduire sa femme parce que cette salope se tape un directeur de marketing, qui, lui, l'enculé, roule en roadster Porsche (c'est les moins chères, des voitures de garçon coiffeur, comme dirait un de mes bons amis) alors que moi, qui me sue sang et eau toute la journée, et une bonne partie de la nuit, à faire mon travail, à informer le peuple, la plèbe, à ne pas les laisser se faire manipuler par les méchants du journal d'en face, moi je touche à peine de quoi payer l'assurance de ma Mégane.... refuser qu'elle conduise, donc, prendre le volant bourré, et encastrer la Mégane dans un des rares platanes qui restent dans Paris, alors qu'on était presque arrivé à la maison, et voir son crétin de fils, qui fredonnait trop fort le dernier tube de la Star'Ac, traverser le pare-brise, dans la fraction de seconde où on est sauvé par son airbag.*

(*l'iPod n'aura rien, on lui avait offert la housse Neoprène. Par contre, Paris comptera un platane de moins.)

Et ben, non. Dans le rectum, le week-end en famille, bien profond, à ce stade, ça touche la glotte. À sec. Et avec du sable.

Et ça, pourrir un des rares instants de détente de ces journalistes qui triment sept jours sur sept pour maintenir le Français moyen dans l'ignorance, c'est un plaisir tellement immense, tellement rare, que ça valait bien une pendaison.