Le cirque
Par Raoul Duke, mercredi 7 février 2007 à 10:24 :: General :: #30 :: rss
Observer, d'outre-Manche, le pantomime de gesticulations politiciennes précédant l'élection présidentielle, gesticulations de particulièrement bonne facture pour ce cru 2007, certainement de par la personnalité des intéressés, est un exercice dont je ne me lasse pas.
Je précise "d'outre-Manche" parce que le fait que j'accède à ces informations soit lorsqu'elles sont suffisamment importantes pour filtrer dans la presse britannique (autant dire très rarement, et avec un spin british assez intéressant - il n'y a qu'à voir la manière dont ont été traitées les échauffourées banlieusardes de 2005), soit au hasard de lectures sur Internet, forme un patchwork d'infos anciennes et récentes, de sources secondaires ou de médias principaux. J'évite par là la linéarité et le consensus des traitements par les médias français, qui finissent par présenter souvent une pensée unique qui dégoûte le chaland moyen de toute recherche personnelle de points de vue alternatifs.
D'un autre côté, ça me fait chier d'écrire là -dessus, dans la mesure où c'est d'un manque d'originalité à faire passer un skyblog pour du Ionesco, et qu'en plus vu le processus de publication, (comprendre : le caractère onaniste des rédacteurs, surtout moi) je me retrouverais à disserter dans les grandes largeurs sur des nouvelles au mieux obsolètes, au pire surpassées depuis par de nouveaux coups de théâtre.
Je m'interroge quand même : ce qui a filtré, dans les derniers jours, de cette campagne, c'est une sorte de grande kermesse à sketchs, une déconnade collective jubilatoire, entre Gerald Dahan en fauteur de troubles à la solde du petit Nicolas, l'affaire Rebelle et des fiches des renseignements généraux qui visiblement se mettent à jour toutes seules, Nicolas Hulot jouant au VRP des shampooings Ushuaïa au musée des arts premiers, on navigue gentiment, de Bravitude en scooter volé, dans une sorte de grand sitcom. On en vient à attendre avec impatience le prochain rebondissement, mais ça devient difficile à prendre au sérieux.
Comprenons-nous bien : loin de moi l'envie de m'ériger en grand défendeur du sérieux politique, ou de resservir le genre d'argument qu'on entend plus que chez les hauts fonctionnaires vieillissants et aigris ou chez les politiciens peu doués pour la communication, du type ouiii, mais tout cela c'est un cirque médiatique et on ne parle pas des programmes eux-mêmes, sur lesquels doivent être jugés les candidats.
. D'abord parce que, en amateur de nihilisme foutraque, la transformation d'un exercice habituellement terne en grand spectacle burlesque n'est pas pour me déplaire; ensuite, parce que j'ai bien conscience que ma perception de ce qui est mis en avant, ou pas, dans la campagne, est terriblement tributaire des biais de ma propre recherche d'information. C'est quand même plus marrant de glaner des petites phrases assassines et des éditoriaux caustiques que de se taper la lecture du programme de Bayrou.
D'un autre côté, je soupçonne que je ne suis pas le seul à voir dans la vie politique française de ces dernières semaines un grand spectacle de divertissement, et qu'il serait un peu facile de mettre cette image uniquement sur le compte de l'effet déformant du net. Mais les faits sont là , et je les soupçonne de n'être que le symptôme d'un phénomène plus large : à l'heure de la télé-réalité et du podcast, la politique devient avant tout un exercice de communication, et ceci est particulièrement renforcé par le fait que, lorsque les uns et les autres se piquent des idées pour tenter de glaner des voix, que les programmes finissent par tous se ressembler, la gouvernance effective est effectuée par des cabinets et des équipes de technocrates aux formations et aux méthodes identiques.
Alors, voilà , il va falloir s'y faire, on ne vote plus pour des idées mais pour des personnages, on importe une politique à l'anglo-saxonne où la droite et la gauche ne se caractérisent plus que par des différences mineures, où tout se joue sur la com', des petites phrases aux blogs de soutien en passant par des meetings à faire pâlir les débauches de glamour des spectacles de Las Vegas. C'est un peu dommage, mais d'un autre côté c'est l'occasion de se marrer : le site officiel de la présidentielle, lui-même, propose des pages assez déconnantes : un générateur de langue de bois (ils ont de l'humour à l'ENA), un test Sarko-Ségo, et divers images et dessins imbibés d'humour caustique. Mieux vaut en rire, en effet ; surtout que j'apprends à l'instant (toujours un peu le coté je-débarque) que Doc Gyneco va sortir un bouquin sur son soutien à Sarkozy, intitulé -sans ironie- Les grands esprits se rencontrent
. Mon dieu ! Même Google, en divinité omnisciente pour l'homme moderne, essaye subtilement d'influencer notre vote : j'y tape "2007 Programme Candidats", et malicieux, il me retourne "Did you mean: 2007 Programmes Candidates?". Encore un Royaliste.
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