Le positivisme est le pendant légitime d'une pensée qui a vu s'ériger en principe directeur la suprématie de la science ; suprématie qui n'a pas manqué de conduire aux plus sourdes déviances comme la prétention de croire en son infaillibilité qui n'a d'égale que les intégrismes de tout bord, que la religion fait naître parfois. On oublie trop souvent que même si elle est impérieuse comme un discours apodictique, elle est pratiquée par des humains et donc faillible, incertaine. La science procède par erreur. Et le sait. De tout ça nous savons garder l'essentiel, à savoir non la fin mais le moyen : la méthode scientifique qui, elle, contraint l'homme à une constante humilité, à travers une remise en question, une permanente auto-analyse des rapports entre la raison, faible, et la passion, dominante.

Voilà ce qui selon moi fait la particularité, la richesse, l'intégrité et la beauté du phénomène scientifique. Mais les gens sont enclins par facilité à faire des raccourcis. Et à croire que les shampoings fonctionnent forcément puisque des ingénieurs et des études scientifiques président à leur fabrication. C'est en ça que la science, la science séculière, participe également de l'obscurantisme. Tout se passe comme si les croyances aveugles et stupides que nous y avons placées nous servaient de caution. Nous savons que notre monde, notre mode de pensée sont scientifiques et ceci nous autorise (nous nous autorisons !) à penser que nous avons la vérité à nos côtés. C'est un pure fantasme de scientificité.

Avec deux conséquences négatives. Nous voyons de la pseudo-scientificité partout (Zox power), et certains ont un comportement de contre-réaction particulièrement délétère. Ainsi, comprenant que la science dit beaucoup de conneries (en fait c'est surtout qu'elle en dit très peu et qu'on cherche à lui en faire dire beaucoup), la déception nous saisit. On peut être amené à ne plus y croire. Alors on ne croit plus en rien (oui, c'est notre paradigme qu'on le veuille ou non). Et, là, à cet instant précis, on est prêt à croire en tout. Raël, les Templiers, Sarkozy, le Zen, le journal de TF1... Vous saviez que manger des yaourts bulgares donnait un gros sexe ?

Du paradigme religieux nous avons fini par subir et comprendre les excès. Nous avons vu dans la science une libération, un pas vers l'autonomie, et puis nous en avons subi les excès et nous en comprenons le prix. Nous voilà de nouveau prêts à croire en tout, en rien, atteints d'un pragmatisme déroutant, dans lequel nous entretenons nos frustrations en croyant assouvir nos besoins. C'est beau la société de consommation, non ?

Finalement les mécanismes ne changent pas d'un iota. Nous étions stupides et avilis par les théologiens de bas étage. Nous sommes aujourd'hui stupides et avilis par les scientifiques de pacotille. Le problème n'est pas là. La solution est de notre ressort, dans notre capacité à nous responsabiliser et à exercer un contrôle libérateur sur nos faiblesses, nos propensions maladives à l'aveuglement. Tout comme une religion est utile et belle quand ses croyants pratiquent avec dévotion et humilité, nous pouvons, nous devrions, comprendre l'intérêt commun que nous avons à exercer les principes rigoureux de la méthode scientifique à chaque moment, en tout acte.

Mais nous comprenons également que tout comme la science, la vraie, ne nous a, elle, ni menti, ni déçu, mais a seulement été dégradée dans son utilisation, la religion elle aussi était quelque chose de grand et surtout de nécessaire. La science aussi à sa manière est une religion (un texte intéressant trouvé au hasard du net). Alors ne méprisons ni l'une, ni l'autre (qui d'ailleurs possèdent des champs d'action distincts mais ayant une frontière commune) et interrogeons nous sur nous-mêmes. Nous devrions bien trouver un chemin vers l'illumination qui nous permette d'habiter un monde fait de deux des plus belles choses de la création humaine.

Je ne suis pas sûr que Dieu ait créé les hommes, mais je sais que l'homme a créé Dieu.