Démocratie spinale
Par Geronimo Cohen, vendredi 23 février 2007 à 14:10 :: General :: #36 :: rss
Débranchez le cortex, la scène politique entre directement dans votre système nerveux.
Je suis une fois de plus sur mon futon, jolie invention, encore un avatar de la mondialisation. Jadis j'aurais dormi sur une paillasse bon marché, en ces temps si beaux, mondialisés cette paillasse est devenue exotique, futon. Branché sur cette radio monopole, celle qui nous déverse le prêche le plus insidieux parce qu'il ne passe pas dans notre champ de vision, ce prêche de l'ère moderne, l'ère du bourrage de crâne élevé à la qualité d'hygiène de vie, je feuillette les pages obscures mises à notre disposition par la technique. Elle nous permet de nous démoraliser sur le blog du petit Nicolas ou encore de nous désabuser sur une prose paléo-gauchisante.
Et je le prédis, je le prophétise, cette médiatisation à outrance est le début de notre apocalypse. Athées, je vous le dis, la fin est proche, Dieu merci ! Bowling for Columbine, si mauvais parce que tellement partisan, nous prévient, la médiatisation amène la peur, et la peur la violence, ce brûlot nous montre des Américains psychosés, et nous serons bientôt plus désemparés qu'eux. Ils ne sont pas seuls, ils ont Dieu. Alors que nous avec notre cartésianisme de comptoir, nous réfugions derrière l'obscurantisme de l'insignifiance. Je ne m'abaisserai pas à vous abreuver de prétéritions, je ne dirai pas : "Je ne m'abaisserais pas ici à parler de politique.".
Lorsque l'un dit "radars" l'autre répond "immigration zéro" et le troisième parle d'encadrement militaire des multi-récidivistes. Le jour est venu, les hommes politiques ont fini de répondre aux journalistes faiseurs d'opinions, ils communiquent directement avec les masses, avec les gens qui veulent du Kärcher marque déposée avec un petit r dans un rond, à ceux qui veulent participer. Le règne des journalistes aussi mauvais fussent-ils est terminé, ils ont monté la campagne en épingle entre les deux candidats et se voient maintenant répondre distraitement des "allez voir sur mon blog". Alors me direz-vous c'est la fin de la démocratie ? Ou bien la fin de l'oligarchie journalistique ? Ni l'un ni l'autre, une aire nouvelle de plus arrive, elle est déjà passée outre-atlantique, celle de la démocratie spinale. À partir de maintenant nos dirigeants feront appel à la moelle épinière du plus grand nombre, ils savent que le plus grand nombre, statistiquement l'homme (et dans une certaine mesure la femme), répond à ses instincts les plus bas. Plus besoin de justifier son budget, ses mesures, il suffit de dire. Et de dire les bonnes choses aux bons endroits.
Alors, que dire des gesticulations pré extrême-onction du Nouvel Obs qui se demande s'ils sont pour quelque chose dans cette bipolarisation des campagnes, ils tentent le tour d'honneur alors qu'ils n'existent même plus. La seule presse qui subsistera de ce tournant est celle que l'on peut encore trouver chez certains de ces capilliculteurs. Celle qui comme le hertzien ou la « toile », qui n'a plus de toile que le nom puisque ce n'est déjà plus qu'un faisceau allant de certains centres névralgiques déverser la bonne parole dans les foyers crédules, nous fait vivre par procuration.
Fin de la société de l'information, la belle affaire me direz-vous. En effet l'information à laquelle nous avons voué un culte si longtemps, n'a pas changé d'un pouce nous avons toujours reçu les informations passées au filtre du profit. La voilà la question, à qui profite le crime ?
Nous vendons du temps de cerveau disponible
disait cet illustre que la postérité fera bien d'oublier. Le profit du média est celui d'être lu et relu parce que c'est là sa vocation, c'est là le pauvre lecteur innocent passe sur une publicité insidieusement glissée dans les pages les plus honorables qui soient. Qui n'a pas candidement lu une de ces jolies pages de Science et Vie, journal crypto-scientifique perclus d'âneries à appâter le chaland. Pour finalement au détour d'une bizarrerie typographique, déchiffrer en tout petit en bas de la page à gauche, le mot PUBLIREPORTAGE. A quelle condition lit-on la presse ? Entre les deux options qui s'ouvraient à eux certains médias ont choisi celle de l'inquiétude, d'autres celle de la satisfaction du lecteur. Ainsi l'immense majorité de ces derniers ont pris le parti des mauvaises nouvelles, cette avalanche de sinistres. D'autres encore ont choisi la satisfaction du lecteur, on ne connaît pas de journal des bonnes nouvelles et c'est tellement dommage. D'autres enfin, le rire et, stupeur, ceux-ci (Le Canard enchaîné et Charlie Hebdo) n'ont même pas besoin de publicité.
Enfin ces hebdomadaires-ci ont ce défaut de devoir faire le bon mot pour être lus, ils sont donc continuellement cyniques. Ce qui leur retire ce crédit intellectuel. En fait un média ne se justifie (et ne se budgétise, que c'est laid...) qu'à partir du moment où il est lu ; il lui faut donc séduire.
Tu l'as vu venir de loin, je suis tout a fait d'accord avec toi, le jeune, un média ne peut être honnête que s'il n'est pas lu. C'est probablement pour cela que notre si malhonnête tribune d'expression libre ne se soucie absolument pas de son lectorat.
Commentaires
1. Le lundi 26 février 2007 à 11:19, par tHera
2. Le lundi 26 février 2007 à 11:52, par Chili
3. Le lundi 26 février 2007 à 13:12, par Lazare S. Enfield
4. Le vendredi 2 mars 2007 à 01:39, par b*tt*n*l
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