"Répétez après moi : « Je suis un sanglier » "
Par Lazare S. Enfield, lundi 26 février 2007 à 11:32 :: General :: #37 :: rss
Cédons quelque court instant au conformisme ambiant. Parlons de ce pauvre Alain Duhamel, victime de la fascisante pensée de la non-pensée.
Les propos vous les trouverez sur tous les sites qui relayent des vidéo, auxquels, en passant, on ne fait aucun procès pour des raisons de droit de diffusion, qui a dit "deux poids, deux mesures" ? passons. Factuellement, ce type, qui ne m'est en rien sympathique a priori, s'est fait gicler des médias de masse (télé et radio) parce qu'il a osé, le fourbe, proférer en public son avis politique, et même son intention de vote. Forcément la première question qui me vient c'est mais putain on se fout de la gueule de qui ? S'il avait été en face de M. Sarkozy, en plein émission de télé, et lui avait jeté à brûle-pourpoint : moi je vote Bayrou, pti con, c'eût été légèrement déplacé, et j'aurais rien dit.
Que reproche-t-on à cette personne (notons d'ailleurs qu'on a demandé à Mme Schönberg, ainsi qu'à Mme Drucker, de gentiment prendre des vacances en ses périodes de remous politiques dans les médias) ? D'avoir pris position, alors qu'il est le représentant d'une caste bien particulière qui, parfois, a le droit de parler en direct (mais avec force préparation) à M. le Président de la République. On attendrait donc d'un journaliste politique qu'il soit apolitique publiquement parlant. Ça me laisse mal à l'aise. Que gagne-t-on exactement à ce que les hommes politiques soient mis face à des robots hybrides et flasques débitant des questions préparées pour se voir répondre des propos entendus, des lieux communs, dans ce simulacre de politique qu'il convient d'appeler (peut-être à juste titre) l'arène des débats ?
Les médias font de la politique une polémologie. Ce qui en soi, à mon sens, est déjà pousser mémé gestion-de-la-cité dans les orties du fascisme totalitaire. Mais maintenant en plus, il faut qu'on n'oppose plus aucune contrainte, plus aucun à -propos. Le spectateur-électeur doit absorber les discours prédigérés des politiciens de tout bord, sans avoir la possibilité d'une once de réflexion.
C'est bizarre, je m'étais bêtement dit que le mec en question devait s'y connaître lui en politique. Il en a fait ses études, ses sujets d'intérêts, sa profession, et même sa profession de foi en prêchant publiquement. Son métier consiste simplement à ne faire que ça toute la journée. Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit : ce n'est pas une garantie d'intelligence ou même de pertinence.
On a dû le croire incapable de distinguer ses opinions propres, des problématiques elles-mêmes. Ou alors, flippées comme des éléphants sous acides dans une souricière grouillante, les rédactions des télés et radios se sont dits qu'il ne faudrait pas qu'on leur remette sur le dos la responsabilité d'un second tour Le Pen-Sarko. Ou alors ces mêmes rédactions veulent avant tout faire bonne presse et imaginent que le consommateur moyen s'offusquerait devant un tel paradoxe : quoi un journaliste qui a des opinions mon Dieu mais tout va à vau l'eau ma bonne dame ce qui leur faudrait c'est une bonne guerre. Ou alors c'est juste que ce genre de constat provoquerait des réactions chez le téléspectateur, et les réactions c'est pas bon, ça fait discuter avec bobonne au lieu de regarder les pubs.
C'est dommage, avant, quand le consommateur moyen n'était qu'un homme et un citoyen, on lui avait écrit une jolie Déclaration dans laquelle on avait bien fait attention de spécifier que nul ne peut être inquiété pour ses opinions.
Commentaires
1. Le lundi 26 février 2007 à 12:31, par Mâh
2. Le lundi 26 février 2007 à 13:17, par Lazare S. Enfield
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