Vol au-dessus d'un nid de dragibus.
Par Raoul Duke, samedi 3 mars 2007 à 02:08 :: General :: #40 :: rss
Monsieur Duke n'a aucun commentaire à faire sur le sujet : Lazare est un homme extrêmement valeureux, ce qui fait que je lui passe volontiers ses velléités élitistes en matière de littérature. Il fait ça souvent, mais je le soupçonne de lire du Eric Emmanuel Shmitt en cachette. La plupart du temps, il ajoute en plus un sous texte insidieux comme quoi la littérature de valeur doit forcément avoir quelques siècles d'age.
Je prend des pincettes et prône de bien faire la distinction entre la valeur intrinsèque et le statut de crédibilité historique, surtout quand la valeur intrinsèque est subjective, et peut être évaluée selon une grande variété de critères (ça me fait chier de le dire, mais par exemple, Dan Brown gère un peu mieux le suspens que Chateaubriand...). A ce titre, c'est une pose littéraire d'intellectuel de poser un clivage entre la "grande" littérature et le reste. Une forme de construction de statut comme une autre pour renforcer une distinction de classe, socialement, ici au niveau culturel. Avec en filigrane l'argument classique que tout ce qui est populaire est nécessairement de faible valeur, culturellement parlant.
Donc au cynisme de l'intellectuel qui daube sur la littérature des prolétaires de la culture, j'oppose le metacynisme qui dénonce, de manière tout aussi arbitraire (et donc fallacieuse), le caractère justement arbitraire et fallacieux de ce qui, après tout, est du mépris sociétal, une arme de plus dans la lutte des classes, qui remonte au moment où, avec l'invention de l'imprimerie et l'alphabétisation massive de la société, les castes historiquement lettrées voient leur statut menacé maintenant que les masses laborieuses savent lire, et tentent de maintenir le clivage, et donc leur domination, en agitant l'argument d'une qualité de littérature, finalement très subjective.
De ce fait, et comme dans beaucoup de domaines, en bon hippie libertaire, je suis partisan d'un relativisme méthodique de bon aloi. Pas tellement de dire que les goûts et les couleurs, ça ne se discute pas, mais d'établir le parti pris, constaté par Mâh (qui se met à se sentir concerné dès qu'on parle de Dantec, qui reste, malgré toute la tolérance que je puisse avoir, à mon avis du roman de gare glorifié) et moi-même un soir de fumette, que, finalement, la distinction fine entre le divertissement et l'art ne procède que de l'implication temporelle du récipendaire ; et c'est quelque chose sur lequel on peut longuement méditer, où écrire des pages, ce que je me retrouve à faire bien malgré moi vu que je ne voulais pas être traîné dans ce débat. (Aussi parce que quand Lazare dit "blanc", je dis "noir", et j'aurais très bien pu me retrouver à défendre la thèse exactement inverse.)
Mon point de vue n'est finalement qu'une illustration sur un point bien particulier des thèses de Kierkegaard sur la subjectivité et la vérité, et particulièrement le concept de choix. La notion qu'un choix véritable est fait de doutes et d'incertitudes, sans aucun recours possible à l'expérience ou aux avis/conseils d'autrui. On pourrait argumenter, avec raison, qu'il s'agit essentiellement d'une philosophie bourgeoise et existentialiste, qui vise à saper les bases de la sagesse collective ; mais c'est aussi une philosophie particulièrement libératrice, puisque ce n'est qu'à partir du moment où ce type de sagesse sociétale est remise en cause que l'on peut supprimer, ou du moins affaiblir, les bases du contrôle social de l'individu.
RD
Commentaires
1. Le dimanche 4 mars 2007 à 20:23, par *******l
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