Sa respiration calme, lente, presque calculable me repose. La tête posée sur son ventre doux et confortable, j'observe avec une naïveté oisive le dessin délicat de ses courbes pubiennes. J'entends son cœur battre, singulièrement isochrone avec le léger soulèvement d'une veine le long de l'intérieur de ses cuisses. Je ferme les yeux et suis saisi par les effluves lascives qui émanent de son corps et charrient ses indicibles molécules envoûtantes à travers mes narines, par mon cerveau et jusqu'à mon esprit, le chargeant d'images tendres et d'envies pubères.

Je sens mes membres se raidir d'un spasme naturel et furtif le temps d'une respiration puis se relâcher. J'ai décidé de ne pas bouger. Je reste là, calme, acceptant l'évidente suite des événements et profitant de cet instant plein d'une certitude libératrice. Le temps, immobile, et sa courbe infléchie sous la légèreté du désir. Dans quelques minutes, quelques heures peut-être, nous serons chauds, humides, actifs, suintants de plaisir. Mais pour le moment nous résidons, ici, à mi-chemin entre envie et volonté. Elle aussi fait cet effort. J'ai senti ses organes se contracter brusquement puis se relâcher, doucement, sous l'influence de l'afflux d'oxygène. Une profonde respiration, comme moi.

Drogués aux hormones, mon esprit est captif de cette insurmontable substance, je délaisse toute volonté de contrôle. Quelques sueurs froides font vibrer ma colonne et je me rappelle l'excitation de mes premières transgressions adolescentes. Mon ventre est noué. Je ne sais plus lequel de nous deux a bougé le premier. Personne peut-être.

Oubliant nos efforts de concentration précédents, qui n'ont servi qu'à profiter en pleine conscience de cette montée, nous nous sommes alors offerts l'un à l'autre. Dans cette après-midi chaude et silencieuse dont nous avons rompu l'équilibre. Deux anges hors du temps, tentant de trouver le chemin qui mène à l'illumination.

La confusion, la tachycardie, l'essoufflement, la sueur, les murs tournoyant ont eu raison de mon esprit, qui s'est endormi pour laisser place à mes sens. Cette fille dispose d'un arsenal de cris, de chuintements, de mimiques et de moues trop variés et je me demande l'espace d'un changement de position majeur où elle a bien pu apprendre ça. Ses mouvements, ses soubresauts, ses courbures qui redessinent délicieusement ses contours m'accaparent les yeux. Mes sens sont saturés de produits dont je ne veux pas connaître le nom. Apogée d'un instant oublieux, arraché au temps. Elle me prend la nuque, me tire à elle, me susurre trois gouttes de paroles interdites à l'oreille. Elle me supplie des choses si belles et si interdites. Je m'étonne qu'on puisse dire de telles perversités avec tant de naturel. Sa beauté est sublimée et elle le sait, en profite, joue avec elle, avec moi, se joue de l'amour, de nos sens, redéfinit la féminité avec désinvolture, puis oublie le monde avec cynisme. Elle était belle. « Belle comme Lucifer avant son expulsion du paradis. Â»