un jour peut-être.
Par Geronimo Cohen, mercredi 9 mai 2007 à 19:49 :: General :: #56 :: rss
Somebody's watching you.
Je suppose que ces jours ci certains blogs hébergés par quelque plateforme crypto-socialiste bobo épandent sur le ouaïbe de fangeuses diatribes contre notre désormais bien aimé président élu, nous n'en feront rien (this is not a blog, this is rock'n roll), ce billet était écrit avant. Prospectif, pourquoi pas ... sombre, surement ... improbable, assurément ... mais indispensable.
Diego s'était levé tôt ce matin-là , il avait eu envie d'air et était sorti avec son chien se promener jusqu'au bois de Boulogne. Ce début de janvier, en cette heure matinale, les rues sombres n'étaient pas encore éclairées des rayons du matin. Diego parcourt les rues de Neuilly-sur-Seine, Seine redevenue à peu près propre ces derniers temps. Son vieux manteau sur le dos, chemin faisant il repense aux dernières nouvelles, le trou dans la couche d'ozone se résorbe à une valeur de 1% par an, c'est déjà ça...
Fidel son bâtard de chien est vieux, mais c'est la mode en ce moment les chiens vieux. C'est surtout qu'avec le rationnement des naissances, même pour les chiens, il a pas tant pu faire autrement, bientôt les bestioles seront illégales, hormis les chiens d'aveugles, ce serait troublant se dit-il que certains amoureux des bêtes se crevassent les yeux pour avoir le droit d'en avoir un. Arrivé avenue de Madrid, il prend une grande respiration, il paraît qu'aux abords des bois l'air est meilleur, le soleil apparaît fébrilement au loin, ses rayons frappent la surface blanchâtre des anciens panneaux publicitaires, voilà un domaine où l'écologie totalitaire est allée dans le sens de la culture. En supprimant les pubs le grand Bi a fait oeuvre de salut public pour le niveau intellectuel moyen, rappelons-nous où il en était à l'époque des "trente blogueuses".
À la lisière du bois, Diego libère Fidel afin qu'il se dégourdisse les pattes, il s'élance sur les routes délabrées qui ne traversent plus que rarement le bois, elles sont pour la plupart rendues à l'état sauvage. Tant qu'à faire autant profiter de ce pourquoi le régime s'est tant battu. Ici la nature a repris ses droits, mais y cueillir une fleur est interdit. Le jour est complètement levé, Diego doit aller travailler, pendant que la lumière du soleil le lui permet. Il travaille dans une de ces grandes tours transparentes de La Défense, en haut, sous les rouleaux éoliens le local attenant est l'aéro réfrigérant. Il fait du bruit mais les progrès de l'isolation l'en gardent. Il sait que s'il arrive tard il y aura embouteillage dans les grands escaliers centraux, encore un progrès, la réservation des ascenseurs aux handicapés a rendu les femmes plus ... musclées. L'écologie au service du cul après avoir servi la culture.
Parfois il ouvre la porte de son bureau et celle des locaux réfrigérants pour profiter du frais dans les immeubles, ni éclairage, ni air conditionné, on a le droit d'ouvrir les fenêtres. À la sortie de son travail, il lui reste une petite heure de jour, il aura le temps de faire ses courses pour le dîner, les lampadaires phosphorescents éclaireront jusqu'à 19h, il pourra peut-être même aller chercher un livre à la bibliothèque. Encore une institution qui a profité du nouveau régime du grand Bi.
De retour chez lui il trouve un message électronique sur le terminal boite aux lettres qui sert pour tout l'immeuble, sa convocation au ministère du vêtement durable : dans trois semaines, il pourra se choisir un manteau d'été pour remplacer celui de l'an dernier. Une ou deux paires de chaussures, il travaille dans un bureau, ce sera une. La mondialisation (et pas nationalisation) de l'industrie textile a réalisé le grand rêve des écoles anglo-saxonnes : gommer les inégalités. Mais en supprimant consommation, économie de marché, deux mamelles de la pollution disait la propagande de l'époque, on a supprimé un grand nombre de différences. Diego en passant le pas de sa porte repense à sa soeur, Ségolène ; elle s'est entichée d'un petit fonctionnaire, qui a eu comme logement un petit appartement à Neuilly non loin de l'église Saint Pierre, sur une placette dont il a oublié le nom, il paraît que cet hôtel abritait il y a longtemps la "mairie" de Neuilly, mairie, ce nom a perdu son sens désormais, mais il paraît qu'en est parti au début du siècle précédent un personnage atypique, Nicolas Sarre-Cozy ou quelque chose comme ça, on le connaît comme l'un des derniers présidents français de l'économie démarchée, juste avant que l'évènement du Moyen-Orient ne pousse les scientifiques de tous les pays à réaliser le grand putsch écologique qui engendra ce siècle de sobriété énergétique.
Il rentre, Mônica n'est pas encore là , elle faisait cette semaine les premières démarches pour leur permis d'enfanter. Généralement pour le premier ça ne pose pas de problème. Ce soir ils iront probablement dans l'obscurité des ruelles rejoindre leur groupe d'amis dans ce bar à sextoys, il ne reste plus que le cul et la culture pour se divertir. Les télévisions ont été sacrifiées sur l'autel de l'économie énergétique, leurs occupations du soir sont devenues alors les groupes de réflexion, qui généralement ne réflechissent plus sur grand chose, puisqu'ils n'ont plus d'influence, ce sont devenus des groupes de poésie ; certains rebelles leur fournissent sous le manteau des substances qui les rendent plus créatifs. Ils vont aussi dans ces bars à sexe, où l'antédiluvienne économie de marché s'applique à ce qui n'a pas de valeur. Sinon ils vont au cinéma, lorsque la salle est pleine à plus de 75% les projectionnistes ont le droit de mettre la machine en marche, ça n'élève pas le niveau des films, mais parfois on voit encore des pellicules d'art et d'essai, du Mel Gibson ou du Tarantino, et puis les projectionnistes trichent un peu avec les quotas.
Cet été ils ont décidé de partir au kiboutz vert de Paimpol, ils avaient le choix entre ça et Perpignan, ils préfèrent la Bretagne. Avec un peu de chance ils mettront en route leur permis d'enfanter.
Diego s'affale sur son futon, ils ont découvert que c'était le couchage divan le moins coûteux à fabriquer. Diego s'en fout il n'a pas connu les autres. Il repense que dans 4 mois, ce sera le cinquantenaire de la révolution scientifique et écologique. Ses mots d'ordre sont passés de : "une terre plus belle en 10 ans" à : "paradis sur terre en 60 ans" en passant par toutes les variantes qu'il a oubliées, il sait bien qu'il ne reverra pas le "paradis sur terre". Il sait que tout cela s'améliore grace aux sacrifices de la population consentis par le grand Bi.
Il sait que ses petits enfants respireront un air meilleur et qu'il pourront retourner vivre en Amérique du Sud sans combinaisons anti-UV, pour autant, il aimerait tenir un livre ou un journal dans ses mains, avoir son terminal chez lui, avoir un moyen de transport personnel autre que le vélo ou le bounce-O-matic, Il aimerait pouvoir manger autre chose que son voisin ailleurs que dans la cantine principale. Il en parlera à Mônica, il y pense depuis peu, à rejoindre le groupe dissident, il parait qu'il existe, le mythique groupe de Josué de Beauvais, ils sont implantés dans des forêts, il mangent du gibier et n'ont pas besoin de permis d'enfanter.
Commentaires
1. Le samedi 12 mai 2007 à 14:26, par BARJAVEL
2. Le dimanche 13 mai 2007 à 11:44, par Geronimo Cohen
3. Le dimanche 13 mai 2007 à 17:10, par BARJAVEL
4. Le mercredi 30 mai 2007 à 15:57, par GéTé
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