Il n'y a, bien sûr, que dans la presse anglaise o celui-ci côtoie celle-là sur la page voisine. Une juxtaposition qui, visiblement, n'interpelle plus que quelques rares individus qui tentent de garder un minimum de sens des réalités. Un peu, comme quand, hier, mon estimé camarade Geronimo Cohen et moi même, somme restés un instant à observerl'absurdité du monde résumé dans cette scène ironique : Sur le parvis de la gare Montparnasse, à un manège de forain faisait face un stand de recrutement de l'Armée de Terre complet avec tente camouflée et et Véhicule blindé Léger. L'un invitait les enfants, moyennant finance, à venir tourner quelques minutes pour oublier que, dans quelques années, l'autre les invitera à venir rejoindre une grande muette qui l'est de plus en plus.

Oussama qui côtoie Britney dans la la presse gratuite Londonienne; les tours du manège les ronds de jambes des officiers-recruteurs, un samedi ensoleillé à Paris. Des exemples parmi d'autres de la beauté de la folie d'un monde dans lequel le terme d'optimisme déplacé est en passe de devenir un pléonasme.

Mais revenons à Britney et Oussama. Je voulais commencer cet article il y a un mois, alors qu'on annonçait, simultanément, leurs retours sur la scène publique. Mais il n'est pas plus mal que j'aie attendu, puisque entre temps ont eu lieu un certain nombre de rebondissements que je ne peux qu'accueillir avec plaisir, puisqu'ils me donneront de la matière à un peu plus de masturbation intellectuelle dont je me délecte de te présenter les éjaculats.

Evidemment, on pourrait me taxer de mauvais esprit à mélanger les genres, en traitant simultanément d'un côté un personnage puissant, qui joue de sa sur-médiatisation, suscitant l'effroi à chacune de ses nouvelles apparitions sur la scène publique, est suivi par des hordes de fanatiques, tout en inquiétant les intellectuels; et de l'autre, d'un barbu enturbanné qui vit dans un grotte. Mais finalement, ces deux personnages (car ce sont plus des personnages que des individus) représentent bien les obsession des années 2000: (surnommées naughties - le terme est éloquent - par les anglophones) la peur du terrorisme et le culte de la célébrité.

Oussama est réapparu après près de 3 ans de silence, alors que certains le croyaient mort (bien que cela ne changerait pas grand chose à la situation s'il l'était). Des doutes subsistent sur l'authenticité des messages vidéo, notamment parce que l'image est fixe lorsqu'il (ou quelqu'un qui imite ou manipule numériquement sa voix avec suffisamment de succès pour blouser le spécialistes du renseignement américains) mentionne des événements récents - entre autres l'élection de Nicolas Sarkozy, qui doit être flatté d'être enfin devenu un personnage international suffisamment reconnu pour être cité par le grand Ben Laden.

Britney, elle, alors que l'attention du public s'étiolait (se raser le crâne, se montrer sans culotte, faire pousser sa voiture en panne d'essence par quatre policiers de Los Angeles, ou conduire avec son bébé sur les genoux ne suffisent même plus à attirer l'attention des médias, c'est vrai qu'il est difficile de concurrencer le séjour en prison de Paris Hilton ou les problèmes d'alcool de Lindsay Lohan) a confirmé qu'elle avait définitivement fini par péter les plombs, entre une apparition déplorable aux MTV music Awards, les révélations de son ex-garde de corps sur ses orgies de drogues, son mode de vie pour le moins particulier, et le fait qu'elle aime à se balader nue devant son entourage, et la bataille légale pour obtenir la garde de ses enfants (plutôt mal partie vu la teneur des susmentionnées révélations).

Qu'en penser? finalement peu de choses, sinon que, même s'ils seront retenus dans l'histoire de manière différente, ils auront tous les deux été représentatifs des névroses de leur époque, dans laquelle les médias (sans doute à raison, finalement) trouvent plus simple de fournir au public des icônes plutôt que de traiter de ce qu'ils symbolisent; dans laquelle le futile côtoie le tragique au point d'estomper la différence entre les deux, pour le plaisir et le soulagement de ceux qui cherchent à oublier l'un en s'intéressant à l'autre.

Si Britney n'existait pas, il faudrait en inventer une, et les prétendantes au titre de pop star psychotiques se ramassent à la pelle, il faudrait trouver une icône à traquer, à donner en pâture au public pour qu'il puisse un instant oublier qu'il a peur d'Oussama.

Et si celui-ci n'existait pas, il faudrait lui trouver un remplaçant, trouver un grand méchant loup international pour mobiliser l'attention et la peur du monde occidental, et pour lui faire oublier qu'il devrait avoir honte d'accorder tant d'attention à Britney.

Le rêve du rédacteur en chef de tabloïds, finalement, ça serait qu'ils se marient. Ils pourraient vivre heureux dans une grotte décorée par Philippe Stark, et avoir beaucoup de petit moudjahidin cocaïnés en turban Prada. Et finalement, le monde en serait peut-être meilleur.

RD