La source de tous les maux
Par Lazare S. Enfield, lundi 1 octobre 2007 à 14:13 :: General :: #62 :: rss
Ce matin il était fort tôt à mon horloge biologique (2 heures 30 de sommeil dans le bide) quand j'ai pu constater de mes yeux éberlués la source de tous les maux. Évidemment c'est de la dérision, mais quand même je m'en vais vous compter ma petite histoire du matin.
J'arrivai sans encombre à la gare de Lyon (et non pas à la Gare de Lyon), et je tentai tant bien que mal de me frayer un chemin parmi les gens pressés et apparemment indifférents à l'efficacité collective. Les meilleures modélisations de comportement des foules sont des modèles purement aléatoires, preuve s'il en est, qu'une fois au milieu d'une dizaine de ses congénères, l'individu a beaucoup de mal à rester l'animal supérieur qu'il se prétend être quand il proteste devant TF1 (paradox inside). Bref c'était la guéguerre du matin, lot de beaucoup de gens dans mon beau pays.
Les couloirs étaient larges et les hommes-redevenus-primates-l'espace-d'un-instant s'agglutinaient inlassablement dans les escalators (même sur des tapis-roulants horizontaux !) ; c'était le matin, on ne pouvait pas vraiment leur en demander plus ; moi, pas con (et humble avec ça), je pris les escaliers et les couloirs qui n'avancent pas tout seul, et j'économisai ainsi beaucoup d'énergie à ne pas calculer les trajectoires de tous ces accrocs du déplacement assisté pour éviter de leur rentrer dedans. C'est cocasse à voir, un type tout seul qui marche dans un couloir de plus de six mètres de large pendant que le contenu humain de deux rames de métro tentent de défier les lois de la stochastique pour entrer sur un tapis-roulant d'un mètre de large, tous en même temps.
Avant d'atteindre l'air libre, je me fis couper la route par une bonne moitié de ce troupeau servile. Et là vous vous demandez, tout comme moi, ce qui a bien pu dérouter ce tas de moutons écervelés de son linéaire chemin qui mène du tapis-roulant à la machine anti-pauvres-dans-les-transports (à Paris, on appelle ça un stupide tripode) : trois boîtes métalliques colorées, une verte, une rouge, une bleue, attiraient inéluctablement au moins un mouton sur deux. Et elles étaient remplies de journaux. Enfin comprenons-nous bien : de papier-cul sur lequel on imprime des publicités et de la propagande, j'ai nommé : Métro, Lyon Matin et 20 minutes.
Pour une fois on ne pourra pas me dire que je suis de mauvaise foi, j'en ai lu au moins un de chaque, au moins une fois. Ces trucs sont des merdes. Rien ce serait mieux. Pardon, rien c'était bien mieux. Un peu comme si on supprimait le journal de Jean-Pierre Pernaud : d'abord c'est l'angoisse, et puis on s'aperçoit que le monde extérieur, il n'est pas qu'à la télé, mais aussi... à l'extérieur. Diable ! toutes ces années à se faire duper. Ces torchons à cheminées sont des conglomérats malsains de publicités et de presse à l'AFP (c'est un style, y en a qui aiment ; Sarko, par exemple, est un grand fan).
Et là vous allez me dire : réjouis-toi mon ami, les gens s'intéressent à la presse. Si je ne vous réponds pas, c'est que je suis de bonne humeur. Alternativement je pourrais laisser échapper un : donc toi tu tentes de devenir l'incarnation vivante de Candide, c'est ça ? Comme tous les ersatz, ces gâchis de papier sont délétères à plusieurs égards. D'abord parce que ça ne nourrit pas son homme, ensuite parce que ça consomme le temps qu'on devrait normalement passer à lire de la vraie presse, et enfin parce que c'est un joli moyen d'asservissement dirigé par des gens hautement humanistes et altruistes, comme vous devez vous en douter.
Comme je n'avais pas beaucoup dormi, et que je n'avais pas envie de me réveiller totalement, j'ai fermé les yeux sur la déliquescence du monde, et je me suis mis à rêver à un monde parfait. Le même à une toute petite différence prêt. Trois fois rien. La même scène (moins les escalators bondés) avec en lieu et place de ses trois merdes : Plan B, Le Monde Diplomatique et Le Canard Enchaîné. Les moutons regardent-ils vraiment la couleur de l'herbe qu'ils mangent ? Si oui, ils sont moins cons que nous.
Commentaires
1. Le mercredi 3 octobre 2007 à 22:02, par C.W.
2. Le jeudi 4 octobre 2007 à 10:37, par Lazare S. Enfield
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