Du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes
Par Lazare S. Enfield, mercredi 24 octobre 2007 à 00:16 :: General :: #65 :: rss
Un titre bien pompeux pour un article très simple. D'aucuns clament haut et fort que nous vivons dans une république démocratique. C'est en effet sous ce nom que notre brave patrie s'affiche fièrement à l'intérieur comme à l'extérieur. Et pourtant, le doute m'habite. Puisque l'actualité s'y prête, qu'il me soit ici permis d'exprimer brièvement quelques réflexions.
Le 29 mai 2005, tous les Français qui ont le droit de vote (en France, c'est le droit national qui prime ; notamment les étrangers qui vivent sur le territoire - malgré l'acharnement de notre nazi en chef, M. Hortefeux - ne votent en aucune occasion ; ils travaillent, ils consomment, ils vivent dans la peur mais le vote, ça non), les Français donc, ont eu l'occasion de s'exprimer par référendum sur le projet de traité établissant une constitution pour l'Europe. À la question : « Approuvez-vous le projet de loi qui autorise la ratification du traité établissant une Constitution pour l'Europe ? », le peuple Français a répondu non à 54.67%, avec un taux de participation de 69.34% [1]. Ce qui selon le premier ministre de l'époque, M. Dominique de Villepin (qui avait défendu le oui avec toute la ferveur imaginable), marque « une nette victoire du non ». Et d'ajouter : « c'est un niveau très élevé pour une consultation référendaire, comparable à celui du référendum de Maastricht, où elle avait atteint 69,7%. »[2]
On peut toujours discuter sur les raisons de cette décision, dire que ceux-ci ont exprimé un mécontentement général face à la politique alors menée. Les esprits chafouins s'en chargeront. Pour enfoncer le clou, rappelons que cette décision fut prise contre l'avis de la classe politique qui de manière quasi-unanime avait fait une campagne soutenue pour le oui, appuyée dans cette démarche pour nos amis les suceurs de boule attitrés, j'ai nommé les mass-médias. Après coup, certaines mauvaises langues ont même parlé de cataclysme, de fossé... Au final, dans ce grand chambardement intellectuel, pratique onaniste séculaire dont l'efficacité n'est pas sans rappeler celle des lois contre les étrangers pour lutter contre le chômage, personne n'avait pensé à se dire qu'on avait enfin trouvé la raison à l'abandon de la presse écrite classique : la non représentativité des idées des gens. Ça, c'est pour le rappel. Ajoutons que les Néerlandais se sont également prononcé contre ledit traité.
Revenons à nos moutons d'aujourd'hui, ou presque. Réunis en grandes pompes médiatiques au Portugal, les représentants des 27 pays membres de l'Union ont décidé qu'il était temps d'annoncer ce qu'ils prévoient depuis longtemps : adopter ce putain de traité que ces veaux ont rejetés. Et tant pis pour la démocratie. On parle de traité réduit, et autres balivernes. Bref, on essaye de faire passer la pilule comme on peut, à base de lubrifiant médiatique. Ce qu'il en est exactement, aucun média à ma connaissance n'a daigné se pencher dessus. Attac vous en parlera mieux que moi[3]. Au contraire les médias remettent le couvert, et ça c'est Acrimed qui va vous l'expliquer[4]. Donc voilà nos sympathiques et très démocratiques dirigeants unis dans la joie pour imposer un traité qui, personne ne peut désormais en douter, va défendre très fort les intérêts des citoyens de ce continent.
Il est vrai que je ne suis pas un expert, mais quand « le pouvoir est entre les mains d'un petit nombre de personnes, en raison de leur naissance, de leur fortune ou de leur qualification », ça s'appelle une aristocratie[5].
Dans cette atmosphère infâme et complotiste, on pourrait s'attendre à ce que le peuple de France, ce brave peuple qui défend avec une ardeur proche de la foi les valeurs qui règnent sur son pays, les valeurs qui forgent son honneur, celles dont il clame à qui veut l'entendre qu'elles sont l'héritage d'un passé impétueux, défendues avec le sang de ses aînés, que ce peuple fier et libertaire, ce peuple qui s'enorgueillit des trois mots de sa patrie, qu'il monte au créneau et que de la rue une immense et sourde rumeur gronde et fasse trembler ces crapules qui ont pris notre démocratique pouvoir en otage. Et bien non, rien.
Voilà pourquoi, en fin de compte, notre démocratie devrait nous apparaître relative. Et très conditionnée par le contrôle que nous voulons bien exercer sur nos aimables et temporaires dirigeants.
Commentaires
1. Le jeudi 25 octobre 2007 à 21:20, par C.W.
2. Le jeudi 17 janvier 2008 à 22:30, par henri
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